| Eros et Psyché |
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2006-10-03 22:09:59
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«Et que dis-tu du mien? » rétorqua la seconde. « Il est vieux et malade. jamais il ne va chasser. La maison tout entière sent les médicaments et les tisanes. Psyché, elle, est entourée de la suave odeur d'huiles et de parfums coûteux. Ne sommes-nous pas plus âgées qu'elle ? De quel droit aurait-elle tout et nous rien ? Nous ferions bien de ne pas raconter à nos parents ce que nous avons vu : pourquoi devrions-nous répandre l'histoire de son bonheur ? »
Ayant convenu de dissimuler ce qu'elles avaient appris, les sœurs rentrèrent au palais royal en faisant semblant de ne pas avoir retrouvé leur malheureuse cadette.
Dans le secret de leurs cœurs, elles ne pensaient qu'à faire du mal à la pauvre Psyché.
Celle-ci était très heureuse d'avoir résisté aux questions et de n'avoir pas dévoilé son secret. Lorsque l'obscurité fut venue,. elle entendit à nouveau la voix de son époux., qui la félicita de son silence.
Mais il ajouta tristement
«Je me demande quand même si tu ne me trahiras pas à la seconde entrevue. Tes aînées t'envient et elles reviendront sûrement. Ne leur parle pas de ton mari et n'espère pas savoir qui je suis. Si tu me voyais une seule fois, tu me perdrais pour toujours et nous ne serions plus jamais réunis.»
Une fois encore Psyché renouvela sa promesse. Ainsi que l'avait prédit l'inconnu, les envieuses créatures revinrent bientôt. Sans même attendre Zéphyr, elles se jetèrent dans le vide où le vent d'Ouest les rattrapa. Il les déposa à nouveau sur la prairie devant le palais.
Psyché les reçut avec joie, les fit souper et leur donna des cadeaux. Les sœurs se mirent à bavarder en racontant ce qui se passait sur terre.
«Tu aurais dû voir nos parents,» mentaient-elles. «Comme ils étaient contents de ton bonheur!Et qui est son mari ? nous demandaient-ils. Nous ne l'avons pas vu, Psyché ne nous le montrera pas avant notre prochaine visite.»
Oubliant l'histoire queue avait inventée, la princesse s'écria
«Mais il n'est pas à la maison : il est assez âgé et il est toujours en voyage.» Puis elle appela immédiatement Zéphyr et lui ordonna de reconduire ses sœurs.
Lorsque celles-ci furent rentrées chez elles, l'aînée s'exclama :
«Comme c'est étrange, la dernière fois elle avait dit que son mari était jeune et, aujourd'hui, elle a dit qu'il était vieux.»
« Ou bien elle ne l'a jamais vu, » dit la seconde, « ou bien elle ment. Nous devons y retourner encore une fois pour apprendre la vérité. »
Les deux envieuses passèrent la nuit au palais de leurs parents, attendant avec impatience le jour suivant.
Le lendemain, dès l'aurore, elles coururent au sommet de la falaise et Zéphyr les emporta. Elles avaient hâte de retrouver leur cadette.
«O chère Petite sœur, ô pauvre petite Psyché!» s'écrièrent-elles en essayant de verser quelques larmes, «tu ne sais pas ce qui t'attend : sais-tu seulement qui est ton mari ? L'oracle avait dit vrai, il n'est pas un être humain comme nous mais un horrible dragon.»
La figure effrayée de la princesse la trahit. Elle n'avait donc jamais vu son mari.
Les horribles mégères soupçonnant son désarroi continuèrent leurs mensonges :
«Des bergers l'ont vu tournoyer autour de la falaise,» affirma la première.
« Il est effrayant. Un seul coup d’œil sur cette créature te rendrait malade, » renchérit la seconde.
«Lorsqu'il t'aura bien nourrie il t'avalera sûrement,» gémirent-elles ensemble. « Mais que dois-je faire ?» supplia Psyché attendant avec anxiété la réponse de ses aînées.
«N'aie pas peur, nous allons te conseiller,» dirent les sœurs en la consolant hypocritement. «Allume une lampe à huile et cache-la sous ton lit. Cache la flamme sous un vase de façon que le monstre ne la remarque pas. Dissimule aussi un couteau pointu. Lorsqu'il se sera endormi, soulève la lampe pour l'apercevoir et tranche-lui aussitôt la tête avec le poignard. De cette façon tu te libéreras de lui et ensuite nous nous occuperons de toi. Après tout, nous sommes tes plus proches parentes.»
La princesse leur exprima sa gratitude et Zéphyr les emporta.
Toute bouleversée par ces révélations, elle prépara le couteau et la lampe et attendit la nuit.
Après cette attente, qui lui parut interminable, le soleil finit enfin sa course et le palais fut à nouveau plongé dans l'obscurité.
L'époux de Psyché revint au logis, particulièrement fatigué, et sitôt couché il s'endormit.
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