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Eros et Psyché Version imprimable Suggérer par mail
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Dès que sa respiration devint régulière, Psyché l'éclaira en tenant son arme de l'autre main.  C'est alors que la lumière lui révéla l'identité de son mari... elle avait sous les yeux le fils de la déesse Aphrodite lui-même.

Ses ailes dorées scintillaient à la lueur de la flamme.  Il était si beau que Psyché poussa un profond soupir.  La main qui portait la lampe trembla et une goutte d'huile brûlante tomba sur l'épaule du jeune dieu.  Eros fut immédiatement réveillé par la douleur et il vit sa femme penchée sur lui.  Sans un mot il se leva du lit et s'envola dans la nuit.

C'est en vain que la pauvre épouse l'appela et l'implora.  Un silence mortel s'était abattu sur le palais et personne ne lui répondit.  La princesse sortit en courant, trébucha sur les racines et les pierres, se blessa les jambes et les bras sur les ronces.  Elle chercha Eros désespérément, essayant de percevoir le bruit de ses ailes.  Mais la nuit était muette.

Pendant ce temps le dieu blessé s'était réfugié chez sa mère et lui avait avoué son aventure.

« C'est bien fait pour toi, » dit Aphrodite en colère, «cela t'apprendra à m'obéir.  Puisque tu n'as pas su la punir, je la punirai moi-même. »

Eros resta chez la déesse : sa brûlure lui avait causé une forte fièvre.  Quant à Psyché, elle continua à errer à la recherche de son mari, tourmentée par le remords et le désir de le revoir.  Elle questionna les gens dans les villes, les bergers dans les pâturages et les pêcheurs sur les côtes.

Certains hochaient la tête avec sympathie, d'autres se moquaient d'elle et tous pensaient qu'elle était devenue folle car personne n'avait jamais vu Eros, bien que ses flèches aient touché à peu près tout le monde.

Après avoir marché longtemps, la malheureuse vint trouver sa sœur aînée et lui raconta son tragique destin.

Celle-ci fit semblant de la plaindre, mais dès que l'infortunée princesse fut partie, elle courut vers la falaise, l'escalada et appela Zéphyr :

« Emmène-moi chez ton maître. je veux être une meilleure épouse que Psyché.»

Et, disant ces mots, elle se jeta dans l'abîme.  Mais le vent ne lui obéit pas et la jalouse créature fit une chute mortelle.

La pauvre Psyché fit aussi part de ses malheurs à sa seconde sœur.  Elle prit une mine apitoyée, mais sitôt sa cadette disparue, elle se hâta vers le sommet de la falaise en s'écriant :

« Eros, viens prendre ta véritable femme, et toi, Zéphyr, emporte-moi! » Aussitôt elle sauta dans le vide, et connut le même sort que son aînée.

Pendant ce temps, les serviteurs de la déesse offensée avaient retrouvé l'imprudente princesse.

« Te voici donc ! » s'écrièrent-ils. « Nous devons t'emmener chez notre maîtresse, Aphrodite. »

Psyché ne protesta pas car elle pensait ainsi revoir son mari dans sa demeure céleste.  Lorsqu'ils arrivèrent au palais, Aphrodite jeta à Psyché un regard mauvais et lui dit :

«Les hommes ne-te rendent-ils plus hommage comme à une véritable divinité?  Où est le peuple qui te comblait de cadeaux et qui t'offrait des sacrifices?  Mon fils est chez moi.  Je l'ai soigneusement enfermé, aussi n'espère pas le revoir.  Ta folle désobéissance l'a rendu malade.»

Et la déesse ordonna à ses servantes de mélanger du froment, de l'orge, du millet, du pavot, des pois, des lentilles et des haricots.  Puis elle fit asseoir sa prisonnière devant l'énorme tas des graines mélangées et dit :

«Tu vas devoir abaisser ton orgueil devant cette tâche.  Trie ce tas sans te tromper, je viendrai ce soir vérifier ton travail.  S'il n'est pas achevé, tu seras cruellement punie. »

Aphrodite partit et Psyché n'essaya même pas d'exécuter l'ordre de la déesse.  Qui au monde aurait pu accomplir une telle tâche?  Elle vit avec chagrin tomber l'ombre du soir et se rapprocher le châtiment promis.

Mais une industrieuse petite fourmi traversa la pièce et prit la princesse en pitié.  Elle alla chercher des amies et elles se partagèrent le travail.  Elles vinrent tellement nombreuses que l'amas de graines disparut sous elles.  Elles trièrent patiemment les semences et lorsque le soir fut venu la tâche était terminée.

En revenant d'un banquet de l'Olympe, Aphrodite, la tête couronnée de roses, vint narguer Psyché.

Quelle ne fut pas sa surprise et sa colère lorsqu'elle vit les sept tas bien rangés :

«Ne crois surtout pas que tu as gagné,» s'écria-t-elle. «Tu n'as sûrement pas fait cela toute seule.  Quelqu'un a eu pitié de toi et est venu t'aider.  Tant pis pour toi.»

Et elle lui lança un morceau de pain noir avant de l'enfermer à nouveau.

Le lendemain la déesse revint et, sans même regarder la jeune femme, elle ordonna :

«Vois-tu ce pré?  Des moutons y paissent et leur pelage scintille comme de l'or.  Vas-y et rapporte-moi une touffe de leur laine. »

Psyché s'élança aussitôt, car la tâche qui lui était demandée lui semblait bien plus facile que la précédente.  Comme elle courait le long de la rivière, les roseaux prirent pitié d'elle et lui chuchotèrent :

«Ne te dépêche pas, ma belle.  Le matin, les bêtes sont farouches et elles te tueraient en te piétinant de leurs sabots.  Tu ferais mieux d'attendre jusqu'à midi : les moutons font alors un petit somme et tu pourras facilement ramasser des brins de laine accrochés aux buissons. »

La princesse obéit à l'herbe et se cacha derrière un arbre.  L'après-midi, profitant du sommeil du troupeau, elle ramassa la laine dorée et se hâta d'aller retrouve Aphrodite.

A sa vue, les yeux de la déesse étincelèrent.

«Ne crois pas, lui dit-elle une fois encore, «que tu as gagné : tu as à nouveau reçu de l'aide.  Nous verrons bien si tu arrives à accomplir le troisième travail.  Voici une coupe de cristal.  Rapporte-moi dedans de l'eau de la source noire.  Elle jaillit de terre là-bas, près du sommet de cette montagne.»

Psyché se hâta d'aller accomplir le souhait de la déesse.  Elle escalada les roches glissantes jusqu'au sommet de la montagne de sous laquelle jaillissait la source noire.

Le désir de revoir Eros lui faisait franchir les obstacles les plus dangereux, et cet espoir, si elle arrivait à satisfaire Aphrodite, lui donnait la force de marcher à côté des précipices.

Elle s'approcha tellement de la source qu'elle pouvait entendre le grondement de l'eau se précipitant dans l'abîme.  Là, elle se raidit de peur sans parvenir à faire le pas suivant.  De monstrueux dragons soulevaient de terre leurs horribles gueules et regardaient Psyché de leurs yeux injectés de sang.  C'est alors que de l'eau s'éleva une voix :
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