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Jason et Médée Version imprimable Suggérer par mail
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Vers le soir la côte fut en vue.  Les tours du palais se détachaient sur le ciel rougi par la lueur du soleil couchant.  Fatigués par leur voyage, les héros jetèrent l'ancre et s'endormirent.

Le lendemain, dès qu'Hélios fut monté dans son char d'or, Jason rassembla ses hommes pour les consulter.  Ils décidèrent qu'il irait d'abord voir Aiétès, accompagné de deux hommes et des fils de Phrixos, pour essayer de convaincre amicalement le roi.

Sitôt dit, sitôt fait.  Ils débarquèrent, allèrent en ville jusqu'au palais royal.  Dans la cour, ils virent les quatre fontaines merveilleuses qui répandaient des flots de lait, de vin, d'huile et d'eau.  Ce prodige les stupéfia, tout comme il avait stupéfié Phrixos bien des années auparavant.

Les arrivants rencontrèrent d'abord Médée, la fille cadette du roi, qui poussa un cri de surprise.  A son appel accourut Chalciope qui ouvrit les bras à ses fils et les embrassa joyeusement.  Aiétès sortit aussi pour accueillir les visiteurs et leur offrir l'hospitalité.  Médée les suivait comme une ombre et ne pouvait quitter Jason des yeux: au premier regard, elle était tombée amoureuse du beau jeune homme au visage de dieu et parvenait à peine à cacher son émoi.  Pourtant personne ne le remarqua, tant le palais était agité.  Les serviteurs apportaient des plats sur les tables, pendant que les héros buvaient et mangeaient.  Durant le repas, les rescapés racontèrent leurs malheurs à leur grand-père, ainsi que la façon dont ils avaient été sauvés.  Lorsqu'ils eurent fini, le roi leur demanda à voix basse qui étaient ces étrangers.  L'un des frères lui murmura

"Ils sont Grecs, c'est Jason qui les conduit.  Ils sont venus en Colchide pour que vous leur donniez la Toison d'or de notre père Phrixos.  Un usurpateur s'est emparé du trône de Jason et ne le lui rendra que lorsqu'il sera en possession de votre trésor.  Il espérait que Jason périrait au cours du voyage, ou que vous le tueriez.  Les héros les plus braves l'accompagnent.  Leur navire a jeté l'ancre devant notre côte. " A ces mots, Aiétès rougit de colère et s'exclama : "Vous pouvez remercier les dieux que je vous aie déjà acceptés sous mon toit comme des invités, sinon je vous aurais déjà fait mettre à mort.  Vous venez réclamer la Toison, prétendez-vous, mais en réalité vous convoitez le trône de Colchide. je n'avais pas encore compris que j'étais assis à côté de tels gredins."

Les Grecs se levèrent, prêts à répondre sur le même ton abrupt.  Mais leur chef les calma et répondit tranquillement :

" Pardonne-nous, ô roi.  Nous ne sommes pas venus chez toi en voleurs, nous avons obéi aux ordres de notre souverain.  Si tu nous donnes ce que nous voulons, nous sommes prêts à te prouver notre gratitude.  En cas de guerre nous serons tes alliés, et si tu as besoin d'hommes forts et de glaives acérés, nous t'offrons nos bras et nos armes. " Aiétès, le front soucieux, écouta la déclaration de Jason tout en se demandant comment il pourrait se débarrasser de ces gêneurs.

Il retrouva son sang-froid et dit :

"Pourquoi tant de paroles?  Si vous êtes des héros aussi braves que vous le prétendez, vous pouvez emporter la Toison d'or : j'aime la bravoure.  Mais il faudra d'abord que vous la prouviez.  J'ai deux taureaux aux sabots d'airain et dont les narines crachent le feu.  Ils ont l'habitude de labourer mes champs.  Dans les sillons je plante des dents de dragon dont jaillissent ensuite des guerriers. je me bats avec eux. Le matin, je prépare la terre, et le soir je me repose après mon combat victorieux, Si tu peux faire aussi bien que moi, Jason, tu regagneras ta patrie avec le trésor. "

"Je n'ai pas le choix," répondit Jason, "je sais que l'épreuve que tu m'imposes est périlleuse, mais je ne peux pas rentrer chez moi sans la Toison. "

"Comme tu voudras," dit le roi, "mais il serait plus sage pour toi de renoncer à cette tâche et de quitter notre pays. "

Jason se leva de table et sortit du palais.  Il alla raconter aux Argonautes l'accueil du roi et les conditions qu'il avait posées.

A une fenêtre du château, un visage voilé se profilait.  Le regard de Médée suivit Jason jusqu'à ce qu'il ait disparu entre les vieux arbres du parc royal.  Dans sa solitude, elle se mit à pleurer : elle avait pitié du jeune héros et se demandait si elle pouvait l'aider, contre son père ou si elle devait l'abandonner à son destin.

Pendant ce temps, Aiétès avait appelé en consultation le conseil des sages de Colchide.  Ils discutèrent sur la façon d'exterminer les étrangers et décidèrent que, dès que les taureaux auraient tué Jason', des hommes iraient mettre le feu au navire.  Ceux qui ne seraient pas brûlés sur le bateau seraient massacrés sur la plage.

Inquiets sur le sort de leurs sauveteurs, les fils de Phrixos allèrent trouver leur mère Chalciope.  Ils la supplièrent d'intercéder auprès de Médée, car elle seule pouvait aider le jeune héros : elle connaissait la magie capable d'empêcher un homme d'être blessé par le feu ou par les armes.  La mère ne put résister aux supplications de ses fils et promit de parler à sa sœur.

Cette nuit-là, Médée fit un mauvais rêve : elle rêva qu'elle avait triomphé des taureaux et était victorieuse dans le combat contre les guerriers nés des dents de dragon.  Mais Aiétès ne voulait pas donner la Toison à Jason, car il ne l'avait pas gagnée lui-même.  Ils se querellèrent et Médée donna raison à Jason contre son père.  Aiétès poussa un cri de souffrance et le songe prit fin.

Horrifiée, elle courut chez sa sœur.  La crainte d'un malheur avait réuni les deux femmes.  L'une craignait pour Jason, l'autre pour ses fils.  Le roi haïssait les enfants de Phrixos, qu'il croyait alliés aux Grecs contre lui.  Si un châtiment devait frapper les étrangers, il n'épargnerait pas les quatre frères..

" Aide-les par quelque sorcellerie, " pria Chalciope, "afin que Jason gagne cette terrible bataille : sa victoire sauvera ma famille."

La plaidoirie de sa sœur ne fit que confirmer Médée dans son secret dessein d'aider celui qu'elle aimait.

C'est ainsi que s'accomplit la prophétie de Phinée disant que la déesse de l'amour, Aphrodite, aiderait les héros.

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