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Jason et Médée Version imprimable Suggérer par mail
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"Ne crains rien, " répondit-elle, "ta vie et celle de tes fils me sont aussi précieuses que la mienne.  J'aiderai les étrangers. "

La nuit tomba des montagnes du Caucase; les Argonautes s'endormirent et seul leur chef resta éveillé.

Il se promenait sur la plage en songeant au combat.  Soudain, il entendit dans l'obscurité un bruit de pas.  Prudemment, il se saisit de son épée.  Dans la faible lumière tombant des étoiles les silhouettes des fils de Phrixos se dessinèrent.  Ils lui apportaient de bonnes nouvelles de la part de leur mère Chalciope : demain, au lever du jour, Médée attendrait Jason dans un temple situé un peu art, pour lui remettre un onguent magique.

Celle-ci passa une nuit agitée: " Est-il bien que je me dispose à aider un étranger contre mon propre père?  Ne vais-je pas encourir la malédiction de tout mon pays?" Son courage revint avec l'aube.  Elle dissimula sous ses vêtements une coupe d'huile merveilleuse, et se hâta vers le lieu du rendez-vous.

Lorsqu'elle aperçut la sombre silhouette du héros dans la faible lumière du matin, elle eut un mouvement de recul.

"Pourquoi as-tu peur de moi?" dit-il avec douceur. "Ne crains rien, je suis venu chercher l'aide que tu m'as promise et je ne sais vraiment pas comment te remercier."

Médée sourit timidement en lui tendant son présent et ils restèrent silencieux jusqu'à ce qu'elle se décidât à parler :

"Jason," dit-elle, "il y a un onguent dans cette coupe.  Mets-en sur tout ton corps et ni le feu ni les armes ne pourront t'atteindre.  Il recèle la force qui te rendra aussi courageux qu'un dieu immortel.  Cet effet ne durera qu'un seul jour, puis il disparaîtra.  Aussi ne dois-tu pas remettre le combat.  Je vais te donner un ultime conseil : après que les dents de dragon aient donné naissance aux guerriers, jette au milieu d'eux une lourde pierre.  Ils se précipiteront dessus comme des chiens sur un morceau de viande.  Ton épée aura alors une tâche facile.  Tu obtiendras la Toison et pourras alors quitter la Colchide. "

Tandis qu'elle parlait, des larmes ruisselaient le long de ses joues.

"Dans ton pays, au loin, souviens-toi de Médée.  Moi aussi je serai heureuse de penser à toi.

"Jamais je ne t'oublierai," répondit le jeune homme, "et si tu veux quitter la Colchide et me suivre dans ma patrie, tous chez moi t'adoreront comme une déesse et rien sauf la mort ne pourra nous séparer. "

Les paroles de Jason causèrent une grande joie à celle qui rêvait de quitter la Colchide et de s'embarquer pour la Grèce en compagnie du héros.  Ce fut à contrecœur qu'elle se sépara de lui, mais, déjà, le soleil brillait dans le ciel.

Coiffé d'un casque d'or, portant un lourd bouclier, le roi Aiétès se rendait à l'endroit convenu, suivi d'une grande foule, curieuse de voir son intrépide adversaire.

Pendant ce temps le héros se baignait et massait son corps avec l'onguent magique.  Ses bras devenaient d'une force surhumaine, et sa poitrine se gonflait d'un immense courage.  Il était impatient de commencer l'épreuve.

Jason se fit débarquer par les Argonautes devant le champ-en bordure duquel se pressaient les spectateurs.  Il sauta du bateau, une épée à la main, et ce fut le silence.

Soudain, deux gigantesques taureaux s'échappèrent d'une caverne souterraine.  Leurs sabots d'airain fouillaient le sol et leurs narines crachaient des flammes et de la fumée.  Tête baissée, ils se précipitèrent sur l'homme.  Mais celui-ci, le bouclier levé, parait leurs attaques comme s'il était planté en terre.  De plus, protégé par l'onguent magique, il restait insensible au feu.  Les Grecs, anxieux,, retenaient leur respiration.  Tout à coup il rejeta ses armes, attrapa par les cornes les animaux déchaînés, et, avec une force inouïe, posa le joug sur eux.  Attelés à la charrue, ils refusaient de bouger.  Le héros saisit alors sa lance et, les en menaçant, les força à labourer.

La terre craqua et de profonds sillons s'ouvrirent dans le champ.  Lorsqu'ils eurent fini leur travail, les taureaux furent détachés et ils regagnèrent leur caverne.  Un esclave apporta en courant un casque rempli de dents de dragon.  Le jeune homme les planta, puis il rejoignit ses amis pour se reposer, apaiser une soif cruelle et reprendre des forces avec un solide repas.  Les guerriers commençaient déjà à poindre, comme le blé vert au printemps.  Mais, au lieu de tiges, c'étaient des lances, des glaives, des boucliers, des casques, des visages de pierre et des bras musclés qui apparaissaient.  Le champ se remplit d'hommes armés.

Protégé par son bouclier, Jason lança à toute volée une pierre au milieu de la troupe hostile.  Instantanément, tous s'entassèrent autour et se mirent à se battre.  Lorsque le combat fut à son paroxysme, Jason se précipita et faucha les guerriers comme de l'herbe haute.  Bientôt les sillons se remplirent de cadavres.  Seul un homme se tenait droit au milieu du champ, et cet homme, c'était Jason.  La sueur coulait de son front, mais ses yeux brillaient : il était victorieux.

Fort en colère, le roi Aiétès rentra chez lui sans dire un mot.  Il était sûr que Médée avait aidé le jeune homme et projetait de la punir sévèrement pour cette folie.  Il convoqua en toute hâte l'assemblée des sages pour décider du sort des Argonautes.

Pendant ce temps, la nuit avait succédé au jour.  La délibération secrète se prolongeait.  Quant à Médée, elle arpentait sa chambre, l'anxiété au cœur.  Elle soupçonnait son père de préparer un piège aux étrangers, Finalement, après avoir ouvert les grilles du palais par une formule magique, elle s'enfuit sans être vue.  Sur la plage, les navigateurs célébraient autour d'un feu la victoire de leur chef.  La lumière permit à la jeune fille de les trouver.

"Sauvez-vous!  Sauvez-moi aussi!" s'écria-t-elle, "mon père s'apprête à vous exterminer.  J'obtiendrai pour toi la Toison d'or, Jason.  Promets-moi seulement que tu ne me quitteras jamais."

"Les dieux en sont témoins," répondit celui-ci; "je te ramènerai dans ma patrie et tu seras mon épouse."

Médée monta à bord du bateau qui dériva jusqu'en face du taillis où se trouvait le trésor, suspendu à un vieux chêne.  La lumière qu'il répandait rejaillissait sur le sommet des arbres avec un éclat comparable à celui de la lune.

Médée et Jason débarquèrent promptement.  Le dragon entendit leurs pas et toutes les feuilles du bosquet tremblèrent lorsqu'il se mit à siffler.  La magicienne s'approcha de lui en le berçant de ses chants.  Elle toucha sa tête avec une herbe ensorcelée.  De la tige tombèrent quelques gouttes d'un liquide narcotique.  La bête ferma ses yeux, puis ses mâchoires, et enfin s'endormit pour la première fois depuis de nombreuses années.  Alors Médée fit un signe à son compagnon qui alla décrocher la peau du bélier.  Ils la rapportèrent joyeusement sur le bateau où leurs compagnons leur firent un accueil triomphal.  La Toison les laissa songeurs; chacun voulut la toucher.  Mais comme il était imprudent de s'attarder, ils tirèrent sur les rames et gagnèrent la pleine mer.
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