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L'Odyssée d'Ulysse Version imprimable Suggérer par mail
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Un jeune berger qui descendait d'une colline vint à la rencontre du héros.  C'était la déesse  Pallas Athéna qui avait revêtu cette apparence pour venir réconforter le malheureux.

Ulysse se réjouit de voir un homme sur ce rivage désolé.  Le gardien de troupeau était habillé comme un jeune noble : il portait aux pieds des sandales ouvragées et tenait à la main une lance.  Il n'avait pas l'air hostile, aussi le héros se leva et lui demanda où il était.

«Tu dois venir de loin,» dit la déesse travestie, «pour ne pas connaître le nom de ce pays : cette côte est celle de l'île d'Ithaque. »

En entendant ces mots Ulysse eut de la peine à réprimer sa joie.  Mais il cacha prudemment son identité et inventa une histoire pour expliquer au berger comment il avait débarqué.

       La déesse sourit de sa ruse, reprit son apparence normale et dit simplement «je viens t'offrir mon concours, Ulysse. je suis Pallas Athéna.» Puis elle l'aida à cacher dans une grotte les précieux cadeaux qu'il venait de recevoir, et s'assit avec lui sous un olivier pour l'encourager et lui donner des conseils.

«Ne crains rien, je ne t'abandonnerai pas,» dit-elle, «et d'abord je ferai en sorte que tu ne soies pas reconnu en Ithaque avant que ce ne soit nécessaire. je vais rider ton front, faire tomber tes cheveux et t'habiller de loques minables. je vais éteindre le feu de tes yeux et les rendre fatigués par l'âge de façon à ce que non seulement tu paraisses hideux aux prétendants à la main de ta femme, mais que même celle-ci, même ton fils, te trouvent repoussant.  C'est sous cette apparence que tu iras trouver le gardien de porcs Eumée.  Il est honnête et t'est resté fidèle.  Tu apprendras grâce à lui ce qui se passe dans ton palais.  Pendant ce temps, je vais faire revenir de Sparte ton fils Télémaque.  Il est parti chez le roi Ménélas pour essayer d'avoir de tes nouvelles. »

«Est-ce que mon fils va lui aussi errer sur les mers?» demanda Ulysse avec anxiété.

La déesse le rassura

«Ne te fais pas de souci pour lui.  Il ne manque de rien. je l'ai moi-même accompagné jusqu'à Sparte et j'irai le rechercher.»

Sur ces mots, Athéna toucha le héros de sa baguette magique.  Aussitôt son teint se flétrit, son visage se couvrit de rides et ses vêtements se transformèrent en haillons qui pendaient sur ses épaules courbées.  Elle lui donna un bâton et jeta sur son dos un affreux sac éculé.

Ainsi rendu méconnaissable, Ulysse partit à la recherche du gardien de porcs Eumée.  La déesse lui indiqua le chemin à suivre.

Le vieillard était assis dans un enclos qu'il avait construit pour ses bêtes et se fabriquait de nouvelles sandales en peau.  Les jeunes bergers étaient dans les prairies.  Dès que les chiens sentirent l'étranger, ils se précipitèrent sur lui en aboyant furieusement.  Ils auraient sûrement mordu sérieusement Ulysse si Eumée ne les avait pas chassés en criant.  Il reçut le pauvre voyageur avec bonté.  Il jeta des fagots par terre et étala dessus une douce fourrure de façon à ce que son visiteur soit bien installé.  Il tua même en son honneur deux cochons de lait, les découpa et les fit griller tout en parlant à l'étranger :

«je ne peux t'offrir que ces deux petites bêtes, » dit-il, «celles qui sont engraissées, je dois les donner au palais où les prétendants festoient nuit et jour.  Les troupeaux diminuent de façon inquiétante pendant que les caves et les greniers se vident.  Si mon pauvre maître était là, il y mettrait certainement bon ordre.  Mais les dieux seuls savent où il est enterré.  Il y a des années qu'il est parti se battre à la guerre de Troie.  S'il était vivant, il serait sûrement déjà revenu, car le combat est fini depuis longtemps. »

Le berger déposa la viande rôtie devant Ulysse et lui versa du vin dans un bol de bois.

Lorsque le voyageur eut repris un peu de forces, il dit au porcher

«Voilà des années que j'erre sur les mers et à travers les terres.  Dis-moi quel est le nom de ton maître : peut-être l'ai-je rencontré.»

« Mon pauvre seigneur,» répondit l'homme, «s'appelait Ulysse.  Il était bon et juste. je ne reverrai jamais de ma vie un roi aussi valeureux! »

«Si ton maître est Ulysse,» dit le héros travesti, «je peux jurer qu'il reviendra cette année.  Tu me récompenseras de ce que je te dis dès qu'il sera apparu au palais royal. »

«Tant pis pour ton serment,» dit le berger sceptique, «de toute façon tu n'auras pas de récompense car Ulysse ne reviendra pas. je suis aussi inquiet pour son fils, Télémaque : il est parti chez le roi Ménélas, et l'on dit que les prétendants ont envoyé un bateau pour lui tendre une embuscade et le tuer.  Mais maintenant, cher invité, c'est à toi de me raconter d'où tu viens et qui tu as rencontré sur ta route. »

Ulysse inventa alors une histoire.  Il dit qu'il venait de Crète et qu'il avait eu beaucoup d'aventures.  Il raconta aussi qu'il avait participé à la guerre de Troie et y avait rencontré Ulysse.  Il l'avait d'ailleurs rencontré encore une fois quand Ulysse était sur le chemin du retour.

Le berger l'écouta attentivement, et crut tout le récit, sauf ce qui concernait le prochain retour de son roi.  Il pensa que l'étranger voulait se faire bien voir de lui en lui annonçant de bonnes nouvelles.

Le ciel s'obscurcit et les autres pasteurs revinrent à l'abri.  Ils enfermèrent les animaux dans l'étable et se mirent à dîner.  Dehors, les nuages avaient voilé la lune, et la pluie se mit à murmurer.  Un vent glacial et humide traversa les fissures des murs et Ulysse eut froid.  Il se demanda comment il pourrait se réchauffer, et décida d'éprouver les bergers.

«Ecoutez,» dit-il, «je vais vous raconter ce qui m'est arrivé pendant le siège de Troie.  Un soir que nous nous étions embusqués sous les murs de la ville, avec Ulysse, Ménélas et d'autres guerriers, pour préparer une attaque, le vent glacial se mit à souffler, et nous fûmes bientôt tous engourdis de froid.  Les autres guerriers avaient des vêtements chauds et ne prenaient pas garde au fait que leurs boucliers se recouvraient de givre.  Mais moi j'avais laissé mon. manteau au camp.  Vers le matin, je ne pus supporter le froid et je dis à Ulysse :

'Ami, dans quelques instants je vais mourir. je ne suis pas couvert et vais périr de froid.'

'Tiens-toi tranquille une minute, dit Ulysse de façon à ce que personne ne puisse l'entendre.  Il se leva et dit à ses guerriers :

'Un dieu vient de m'envoyer un songe.  Nous nous sommes avancés trop loin et avons besoin de renforts.  Que quelqu'un aille porter un message au roi Agamemnon.' Aussitôt un homme se leva et, rejetant son manteau, partit en courant.  Quant à moi, enroulé dans son vêtement, je dormis jusqu'à l'aurore.  Si j'étais maintenant aussi jeune et vigoureux qu'alors, quelqu'un me prêterait sûrement un manteau pour me protéger du froid.»

«C'est vraiment une belle histoire, » dit Eumée. «Nous aussi, vieil homme, allons te donner un vêtement.  Et lorsque notre prince Télémaque rentrera, il t'en offrira un et te donnera tout ce dont tu as besoin pour voyager.»

 Le berger prépara un confortable lit de peaux de mouton et, quand Ulysse fut couché, il le couvrit de son propre manteau.  Lui-même ne se coucha pas mais prit une épée et une lance et sortit surveiller les troupeaux.

Ulysse ne dormait pas encore et lorsqu'il vit qu'Eumée s'en allait, il fut heureux de constater comme il gardait bien ses bêtes.

Cette nuit-là, à Sparte, Télémaque eut un sommeil agité.  Il se réveillait sans cesse en pensant à son père.  Soudain une apparition déchira l'obscurité environnant le prince : la déesse Pallas Athéna était devant lui.

«Rentre immédiatement dans ton pays,» lui dit-elle, «mais prends bien garde en chemin.  Les soupirants de ta mère t'ont tendu des pièges, ils t'attendent sur un bateau dans un détroit pour te faire prisonnier.  C'est pourquoi tu dois éviter ce passage et ne naviguer que pendant la nuit.  Lorsque tu auras atteint Ithaque, envoie tes compagnons à la ville, et toi, va tout seul chez le fidèle berger Eumée. »

Pallas Athéna remonta vers l'Olympe et Télémaque suivit son conseil.  Il partit chargé de cadeaux offerts par le roi Ménélas et sa femme Hélène et embarqua sur son navire.  Il contourna le détroit dangereux et, aidé par un vent favorable, accosta sans difficulté à Ithaque.

Il débarqua avant ses amis et se dirigea aussitôt vers la hutte d'Eumée.

Ulysse était assis avec ce dernier dans sa cabane lorsqu'ils entendirent les chiens aboyer joyeusement.  Le berger se leva pour voir qui venait et reconnut son prince.

Dans son émoi, il lâcha la petite coupe de vin qu'il tenait.  Il prit Télémaque dans ses bras tremblants et l'embrassa sans pouvoir retenir ses larmes.

Ulysse pouvait être fier de son fils : à son départ, c'était un enfant, et maintenant il voyait devant lui un jeune homme vigoureux.  Mais il dissimula ses sentiments et offrit sa place sur la peau de mouton.

«Reste assis, étranger,» dit le prince, «je trouverai bien un autre siège : il y a assez de place ici.»

Le pasteur rayonnant de joie déposa devant lui de la viande rôtie et du vin.  Télémaque mangea de bon appétit, puis il demanda à l'invité d'où il venait.  Eumée lui raconta alors l'histoire du voyageur.  Il acheva son récit par ces mots :

«Il est venu me demander un abri.  Maintenant que tu es rentré, prends-le sous ta protection, c'est un homme juste.» Après avoir réfléchi un moment, Télémaque répondit :

«Notre invité ferait mieux de rester chez toi. je vais lui envoyer quelques bons vêtements, une épée et de la nourriture, mais je ne peux pas le prendre avec moi au palais.  Les prétendants de ma mère sont tellement arrogants et frivoles qu'ils pourraient se moquer de lui ou lui faire du mal.  Et ils sont trop nombreux pour que je puisse le défendre.»

Ulysse fut surpris que son fils supporte une telle conduite sous le toit de son père, et il écouta attentivement Télémaque lui raconter comment depuis son départ les nobles d'Ithaque et des îles voisines s'étaient rassemblés dans l'espoir d'obtenir la main de Pénélope, qui n'osait pas les défier ouvertement.  Elle les recevait donc, mais toujours repoussait le moment fatal du choix.  Pendant ce temps les prétendants festoyaient et les biens du roi disparu étaient dilapidés.  Les troupeaux diminuaient et les greniers se vidaient.  Le prince était jeune et seul.  Il ne pouvait pas s'opposer à leur nombre.

Après avoir achevé ce triste récit, Télémaque s'adressa au berger et lui demanda d'aller porter à la reine la nouvelle de son retour.  Eumée prit un bâton et se mit en route.  Alors la déesse Athéna apparut à Ulysse et lui fit un signe.  A son appel le faux mendiant sortit de la hutte et Athéna lui dit :

«Ne cache pas plus longtemps ton identité à ton fils.  Dis-lui qui tu es et allez tous les deux au palais pour punir les arrogants soupirants.  Je vous aiderai encore.» Elle se tut et toucha le vieil homme de sa baguette magique.  Aussitôt Ulysse redevint jeune et beau.  Ses haillons se transformèrent en riches vêtements, sa barbe noircit et sa faiblesse se changea en force.

Ainsi métamorphosé, il rentra dans la hutte.  A sa vue, Télémaque fut saisi de crainte : il croyait voir un dieu de l'Olympe.

«je ne suis pas une divinité,» dit Ulysse, «je ne suis que ton père que tu attendais. »

Il serra son fils dans ses bras, mais celui-ci n'arrivait pas encore à le croire.  Comment un simple mortel aurait-il pu ainsi changer d'apparence ? Il y a un instant c'était encore un vieillard !

« Pallas Athéna nous protège, » expliqua le roi, « et les dieux peuvent transformer les hommes. je vais à nouveau, mais pour la dernière fois, me déguiser en pauvre mendiant, et demain je me présenterai au palais.  Pour l'instant, ne parle à personne de notre rencontre, pas même à ta mère ou à Eumée.  Je veux me rendre compte par moi-même et savoir qui, chez moi, m'est resté fidèle, et qui est dévoué aux cupides prétendants. »

Pendant ce temps, le navire qui avait ramené le prince était rentré au port, suivi peu de temps après par celui qui lui avait tendu un guet-apens.

Les soupirants se précipitèrent vers le port sans pouvoir comprendre comment Télémaque avait échappé au piège tendu.

« Il nous a peut-être échappé sur la mer, » s'écria Antinoos, le plus ignoble d’entre eux, «mais sur terre il ne pourra se sauver.  Nous allons le supprimer dans la ville.»

Un serviteur dévoué à la reine lui rapporta ces propos menaçants.  Pénélope, effrayée par le sinistre projet d'Antinoos, alla immédiatement dans la pièce où étaient assemblés les prétendants et les réprimanda violemment.  Ceux-ci prirent peur et assurèrent la reine, avec force mensonges et sourires, que jamais de leurs vies ils n’avaient pensé à supprimer son fils.  Mais dans leurs cœurs se formaient de noirs desseins.

Vers le soir Eumée revint dans la cabane en rapportant les nouvelles du retour des deux bateaux et des événements qui se déroulaient au palais.

Devant le berger, Télémaque traita son père comme un étranger

«J'irai demain matin voir ma mère,» dit-il à Eumée, «toi, tu me suivras avec ton invité de façon qu'il puisse recevoir des aumônes dans la ville.»

Le lendemain, Pénélope accueillit son fils les bras ouverts.  Elle attendait avec impatience qu'il lui raconte ce qu'il avait appris sur son époux.  Télémaque parla de la nymphe Calypso qui le retenait sur son île, mais ne souffla mot du retour de son père.

Lorsque le soleil fut bien haut dans le ciel, Eumée et Ulysse se mirent en route à leur tour.  Le faux vieillard portait un vieux sac et s'appuyait de tout son poids sur son bâton de mendiant.  Arrivés dans la ville, ils s'avancèrent vers le palais royal, d'où sortaient des cris joyeux et d'où émanaient de plaisantes odeurs.  Eumée conseilla à Ulysse d'attendre dans la cour et il pénétra seul à l'intérieur.

Pendant qu'ils parlaient, un vieux chien malade, couché sur un tas d'ordures, souleva la tête.  Ulysse l'avait élevé avant de partir à la guerre et l'animal qui l'avait reconnu remua la queue sans arriver à bouger davantage.  Le roi le remarqua et essuya promptement une larme qui coulait de ses yeux.

«Comme c'est curieux qu'un tel chien soit abandonné dans les ordures,» dit-il au berger, «même maintenant on peut voir qu'il s'agit d'une bête de race. »

«Ce n'est pas étonnant!» répondit Eumée. «C'était le chien favori de mon maître.  Ulysse l'emmenait toujours à la chasse, jamais je n'ai vu d'animal plus rapide et plus brave.  Maintenant que mon seigneur n'est plus là pour surveiller les servantes, elles ne s'en occupent plus.»

Sur ces mots, le berger rentra dans le palais et Ulysse regarda un long moment son chien favori.  Comme s'il avait attendu vingt ans ce moment, le fidèle compagnon pencha la tête et expira.

Dans la salle, Télémaque participait au festin des fourbes prétendants.  Il aperçut Eumée et l'invita à s'asseoir auprès de lui, et à prendre part au copieux repas.  Ulysse entra alors du pas chancelant d'un vieil homme et s'assit sur le seuil de la porte.  Dès que le prince le vit, il lui fit porter par Eumée du pain et de la viande.  Lorsque l'étranger eut fini de manger, il se mit à mendier parmi les convives comme s'il n'avait fait que cela toute sa vie.  Chacun lui donna quelque chose et lui demanda d'où il venait.  Ulysse leur raconta l'histoire qu'il avait inventée.  Bien que personne n'ait offert quelque chose lui appartenant et que tous lui aient donné en fait des restes du repas, Antinoos refusa cette aumône.

«Si chacun donnait à ce pouilleux ce que je vais lui donner, il ne reviendrait pas de sitôt!» s'écria-t-il, et il jeta un tabouret sur le pauvre vieillard.  Il atteignit Ulysse au dos, mais celui-ci ne bougea pas plus qu'un rocher.

De sa chambre, Pénélope entendit les cris et souffrit en pensant qu'Antinoos avait frappé l'étranger sous son toit.  Elle fit appeler Eumée et lui demanda qui était cet inconnu.  Le berger lui raconta son histoire.  Lorsque la reine apprit que l'indigent avait connu Ulysse, et même l'avait rencontré dernièrement, elle fut impatiente de lui parler et envoya Eumée le chercher.  Mais le mendiant se déroba à l'invitation et dit qu'il ne viendrait que le soir, car il ne voulait pas défier ouvertement les soupirants.

Après le repas, le berger se leva et retourna vers ses troupeaux après avoir promis de revenir le lendemain avec ses plus belles bêtes.

Les convives se mirent alors à danser et à chanter et le jour tomba doucement.  Alors apparut à la porte de la salle un autre mendiant.

Son nom était Iros et il était connu de toute la ville.  Bien qu'il ne fût pas très fort, il était énorme.  Dès qu'il aperçut Ulysse sur le seuil il essaya de le déloger et se moqua de lui. Ulysse répondit doucement :

«Il y a assez de place pour nous. deux.  Nous sommes tous deux mendiants.  Pourquoi se disputer?»

Mais Iros répondit par un flot d'insultes et continua à le molester.  Les soupirants écoutaient la querelle en riant.  Alors Antinoos eut une idée :

«Amis, » dit-il> «ce serait bien amusant de les voir se battre.  Je propose de récompenser le vainqueur avec le plus grand boudin.  Par la suite, il festoiera avec nous et sera le seul pauvre admis dans la maison.»

Les convives acceptèrent joyeusement la proposition d'Antinoos, mais Ulysse fit semblant d'hésiter.  Il leur demanda de ne pas s'interposer dans le combat et de ne pas aider Iros.  Ceux-ci donnèrent leur accord et Télémaque fit de même, en sa qualité d'hôte.

Ulysse releva alors les haillons qui lui couvraient les jambes, découvrant des cuisses et des mollets musclés.  Il dénuda aussi sa poitrine et les soupirants de Pénélope furent impressionnés par sa puissance.  Dès lors, ils ne doutèrent plus de la défaite d'Iros qui tremblait de peur à la vue de cette force tranquille.

Ulysse se demanda un instant s'il frapperait doucement le mendiant ou s'il atteindrait de toute sa force.  Il opta pour la première manière.

Iros attaqua le premier.  Ulysse riposta sans trop d'acharnement, mais déjà son adversaire était tombé à terre en pleurant.  Le vainqueur saisit le mendiant par le col et l'entraîna dans la cour où il l'assit devant le portail.

«Tu peux rester là,» lui dit-il, «et chasser les cochons et les chiens, mais n'essaie pas de régner sur les étrangers et les mendiants.»

Lorsqu'il rentra au palais, les prétendants l'acclamèrent bruyamment et Antinoos lui donna le plus gros des boudins.  Ils fêtèrent encore longtemps son succès et ce n'est que tard dans la nuit qu'ils allèrent se coucher.  Télémaque et Ulysse restèrent seuls dans la salle.  Le roi pensait à sa vengeance.  Aussi dit-il à son fils :

 « Mon enfant, il faut enlever d'ici toutes les armes qui sont suspendues aux murs. »

 Le prudent Télémaque appela sa vieille nourrice Euryclée et lui expliqua que les épées et les boucliers risquaient d'être abîmés par la fumée des festins et devaient être rangés dans une pièce isolée.  Il lui demanda aussi d'éloigner les servantes, car il était plus sage que personne ne soit au courant de ce changement.

«Mais, maître,» lui demanda Euryclée avec sollicitude, «qui éclairera ton chemin sinon les servantes?»

« Mon invité le fera,» répondit Télémaque. « Puisqu'il mange mon pain, il peut aussi m'aider.»

Le père et le fils se mirent alors à transporter les boucliers, les casques et les lances tandis que Pallas Athéna illuminait la nuit avec une torche dorée.

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