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Oedipe et Antigone Version imprimable Suggérer par mail
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Lorsque du haut des remparts les Thébains aperçurent Oedipe qui revenait, sain et sauf, de sa mission, leur joie éclata bruyamment.  Ils l'accueillirent en libérateur et Créon lui céda le trône.  Ainsi le jeune homme devint roi de Thèbes et reçut la reine Jocaste pour épouse.

Longtemps, Oedipe régna avec bonheur et justice.  La reine donna naissance à deux fils, Etéocle et Polynice, et à deux filles, Antigone et Ismène, sans que personne ne soupçonne que les enfants du roi étaient aussi ses frères et sœurs.

Les années passèrent.  Les fils devinrent des hommes, les filles des femmes.  C'est alors que la peste s'abattit sur le pays.  La Mort fit des ravages dans toutes les demeures, des familles entières furent décimées et une grande anxiété s'empara de ceux qui espéraient encore survivre.  Même le bétail dans les prés se fit rare.  Les bergers disparaissaient et les troupeaux périssaient.  Les vallons qui auparavant retentissaient de meuglements étaient maintenant silencieux et déserts.

Le peuple terrifié supplia Oedipe d'intercéder en sa faveur : depuis sa victoire sur le Sphinx, on le pensait protégé par l'Olympe.

      «Rentrez tranquillement chez vous,» répondit le héros. «Ce soir Créon, le frère de ma femme, reviendra de Delphes avec une prédiction.  Nous obéirons à la volonté exprimée par les dieux et chasserons le fléau de notre pays. »

Avant même que le jour soit tombé, un char tiré par des chevaux écumants s'arrêta devant le palais et Créon en descendit rapidement pour faire part au roi de ce que lui avait dit l'oracle.

«Ce ne sera ni facile ni rapide de soulager notre peine,» dit-il au souverain. «Le meurtrier du roi Laïos est dans nos murs.  Tant qu'il ne sera pas puni nous ne serons pas débarrassés de la peste.»

Aussitôt Oedipe fit annoncer dans tout le royaume que quiconque aurait un témoignage à fournir concernant l'assassinat du défunt roi était prié de se présenter au palais sans aucun délai.

Il convoqua aussi l'aveugle Tirésias auquel les dieux avaient accordé le don de prophétie.  Mais celui-ci refusa plusieurs fois d'obéir à cet appel et, lorsque finalement il fut forcé de se rendre au palais, il montra une grande réticence, refusa de franchir la porte et resta obstinément sur le seuil.

Oedipe sortit le rejoindre :

«Entre donc,» insista-t-il, «nous attendons avec impatience ton sage conseil.» «Renvoie-moi, ô roi,» supplia alors l'aveugle, «il serait préférable pour toi comme pour moi que je ne te révèle pas le nom du coupable.  L'ignorance est parfois précieuse. »

«Parle,» l'encouragea le héros, «nous souhaitons tous délivrer Thèbes.  Tu ne dois pas être une exception.  Chacun ici désire t'entendre. »

«Ne m'oblige pas à dévoiler le secret.  Permets-moi de me taire : un horrible fléau s'est abattu sur nos têtes, mais un malheur bien plus grand te frappera si je parle. »

«Très bien,» s'exclama le roi. «Je comprends pourquoi tu gardes le silence je pense que tu es le complice des meurtriers.  Tu es traître à ton pays, et si tu n'étais pas aveugle, je dirais que tu es toi-même l'assassin.»

Après une telle réprimande, Tirésias ne résista plus et révéla ce qu'il savait depuis longtemps.

«Tu veux connaître la vérité?  Eh bien, je vais te la dire.  Tu as toi-même tué Laïos et tu as épousé ta propre mère!»

Se souvenant du lointain présage, Oedipe s'alarma.  Mais bientôt la colère chassa ce troublant souvenir.

« Qui a inventé cela ? » s'écria-t-il ; « Créon ou toi ? Vous voulez donc vous emparer de mon trône par la traîtrise et par la fourberie ? Ou bien peut-être es-tu fou ? » «Il te semble que j'ai perdu la raison,» répondit le prophète, «Pourtant tes parents me considéraient comme un sage.  L'avenir montrera qui a dit la vérité et qui n'a pas voulu la comprendre. »

Et sur ces mots, le vieil- aveugle quitta le palais.

La reine Jocaste consola le bouillant Oedipe :

« Quelle importance a donc la prophétie de Tirésias ? Ne te tracasse pas. je peux te donner l'exemple d'un faux présage : mon premier mari, Laïos, avait lui aussi consulté une fois l'oracle qui lui avait prédit qu'il périrait de la main de son propre enfant . Et notre unique enfant est mort dans la montagne.  Quant à Laïos, il fut tué par des voleurs au croisement de deux routes en revenant de Delphes.

«A un croisement de chemins,» reprit vivement Oedipe. «Et à quoi ressemblait-il?»

«Il était grand,» répondit la reine, «ses cheveux blanchissaient sur les tempes et il te ressemblait beaucoup.»

«L'aveugle avait raison,» s'écria Oedipe horrifié.  Et il se mit à poser des questions sa femme.  Plus il obtenait de réponses, plus il se sentait coupable et malheureux. L’histoire du défunt roi tué par des voleurs s'évanouit, faisant place à l'horrible supposition qu' Oedipe lui-même était le meurtrier.

C'est alors qu'arriva de Corinthe un messager apportant la nouvelle de la mort du roi et offrant au héros le trône vacant.  Jocaste demanda au messager des précisions sur la mort du souverain et lorsqu'elle apprit que celui-ci était mort de vieillesse dans lit, elle courut trouver son époux et lui dit avec un sourire radieux :

« Tu t'es fait bien du souci; pendant ce temps, ton père passait paisiblement de vie à trépas.»

Mais cette annonce n'apaisa pas Oedipe.  Il ne pouvait s'empêcher de penser aux propos de l'ivrogne qui avaient gâché sa jeunesse.

«Je ne retournerai pas à Corinthe,» dit-il au messager, «car ma mère y vit encore. »

«Seigneur, si tu crains ta mère, je vais te rassurer : ni le roi ni la reine de Corinthe étaient tes parents : c'est moi-même qui t'ai apporté dans la cité alors que tu n'étais u'un tout petit enfant. »

« Et où m'as-tu trouvé ? » s'enquit Oedipe.

«Un vieux berger du roi de Thèbes t'a confié à moi, un jour dans la montagne. »

A ces mots, Oedipe poussa un horrible cri et s'enfuit du palais.  Il n'y avait plus de doute possible : l'affreuse prédiction s'était accomplie.  Il parcourut la ville en demandant à tous les citoyens qu'il rencontrait de le tuer et de délivrer ainsi le pays du mal qui le rongeait.  Mais les Thébains avaient pitié de leur roi et n'arrivaient pas à le haïr.  Alors le malheureux revint au palais, fermement décidé à se punir lui-même.
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