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Oedipe et Antigone Version imprimable Suggérer par mail
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Il y trouva les servantes en pleurs.  Ses filles, terrorisées, lui montrèrent la chambre ù la reine Jocaste venait de se pendre.  Oedipe se précipita vers elle, prit une épingle d'or de son voile et se creva les yeux.  Rendu aveugle par sa propre volonté, il appela Créon :

«Prends le trône et bannis-moi!»

Le nouveau souverain s'efforça pourtant de le garder à Thèbes.  La peste avait disparu, la paix et la prospérité revenaient.  Mais personne n'arriva à persuader Oedipe de rester dans la ville.  Il partit, appuyé sur un bâton, accompagné de sa fille aînée Antigone. Elle seule avait refusé d'abandonner son père dans le malheur.

Bientôt ce couple d'étranges voyageurs fut connu de toute la Grèce : le vieil aveugle conduit par la ravissante jeune fille.  Ils erraient tous les deux à la recherche des bosquets des Erinyes, déesses chargées de punir les parricides, car l'oracle avait prédit qu' Oedipe y trouverait enfin la paix.

Pendant ce temps les fils d' Oedipe, Etéocle et Polynice, avaient grandi et se disputaient le trône de Thèbes.  Leur rivalité était bien loin de rendre service au pays et Créon, inquiet de cette discorde, leur conseilla de régner chacun à leur tour.  Les frères acceptèrent.  Polynice allait régner une année, puis Etéocle lui succéderait pour douze mois avant de lui céder le trône pour une nouvelle année.

Mais il advint que durant son année de gouvernement Etéocle assura tellement bien son pouvoir que Polynice dut fuir le royaume.  Etéocle devint roi de Thèbes et son frère partit à l'étranger pour rassembler une armée afin de reconquérir le trône par la force.

Comme les deux prétendants avaient le caractère aussi vif que leur père, aucun des deux ne voulut céder et la guerre fut bientôt sur le point d'éclater.  Chacun souhaita alors s'assurer l'appui d' Oedipe car il avait été prédit que celui qui le gagnerait à sa cause serait victorieux.  Aussi se mirent-ils en quête de l'aveugle et pour la première fois depuis tant d'années s'inquiétèrent de son sort.

A ce moment, Oedipe était arrivé non loin d'Athènes et, enfin, il sentait en son cœur que le moment où il trouverait la paix était proche.  Il s'assit avec Antigone à la lisière d'un bois pour se reposer.  Soudain il entendit un bruit de sabots et une troupe de chasseurs conduits par le roi d'Athènes, Thésée, s'arrêta devant lui.  Ce souverain reconnut aussitôt l'aveugle, il sauta à bas de son cheval et vint le saluer «Pauvre Oedipe,» dit-il, «je sais ton triste sort et aimerais t'offrir mon aide.  Viens avec nous à Athènes, tu pourras y vivre une vieillesse paisible.  Bientôt la nuit froide va tomber et tu ne peux rester ici dans ce bois dédié aux Erinyes. »

Quand Oedipe apprit où il était, il se réjouit car son voyage était fini.  Aussi il remercia le roi avec douceur et tranquillité :

« Merci, ô Thésée, mais j'ai achevé mon périple. je partirai bientôt pour le royaume des ombres.  Si tu veux me rendre un dernier service, dis à tes serviteurs de m'apporter des vêtements neufs pour que je ne vive pas en guenilles ce moment solennel. »

Accédant à sa prière, le souverain envoya ses gens à Athènes et s'assit à côté d'Oedipe.  A peine la suite royale était-elle partie que retentit à nouveau le bruit de .chevaux au galop, et ce fut cette fois Polynice qui mit pied à terre devant l'aveugle.  Enfin il avait retrouvé son père!  Il tomba à genoux, se plaignant de son frère qui l'avait privé du trône, et supplia Oedipe de se joindre à lui dans sa lutte fratricide.

«Pendant des années tu ne t'es pas soucié de moi,» répondit le héros à ces lamentations, «et maintenant que tu veux t'emparer du pouvoir tu voudrais que je t'aide dans cette lutte contre nature ? Reçois donc le conseil de ton père au seuil de la mort: si tu attaques Thèbes, tu subiras le même sort que celui que tu souhaites à ton frère.  Va-t'en d'ici!  Même mes yeux aveugles peuvent voir le sang de ton frère imprimé sur ton glaive.»

Fou de rage, Polynice sauta sur son cheval et, sans dire adieu, partit rejoindre son armée.

Etéocle, quant à lui, envoya Créon en ambassadeur à son père pour le persuader de revenir à Thèbes.  Créon arriva aux portes d'Athènes alors que Polynice, le visage contracté par la colère, quittait Oedipe.  Il était tellement perdu dans ses amères pensées qu'il ne reconnut même pas son oncle, mais sa vue donna à Créon l'espoir de réussir sa délicate mission.  Il se précipita donc vers le bois pour présenter sa requête.

Mais Oedipe, dégoûté par ces manœuvres, détourna la tête.  Au moment de quitter la vie, il devinait les terribles conséquences de la guerre de Thèbes et ne voulait plus se mêler des affaires terrestres.

A son tour, Créon le quitta.

Pendant ce temps, les serviteurs étaient revenus d'Athènes et l'aveugle revêtit le vêtement qu'ils lui avaient rapporté.  Il fit à tous ses adieux et demanda à Thésée d'aider Antigone à retourner dans son pays natal.  Puis comme si soudain la vue lui était revenue,'il pénétra d'une démarche assurée dans le bois dédié aux déesses infernales.  Au plus profond des buissons il trouva l'entrée du monde inférieur.  Il y disparut et la terre se referma silencieusement après son passage.

Personne ne retrouva jamais son corps.

Antigone revint à Thèbes alors que les troupes de Polynice encerclaient déjà la ville.  Six courageux commandants se présentaient à six portes de la cité tandis que Polynice se chargeait lui-même de la septième.

Craignant un siège prolongé, Etéocle se montra sur les remparts et s'écria «Pourquoi, mon frère, de braves guerriers périraient-ils de part et d'autre pour une querelle que nous pouvons régler nous-mêmes : mesure ta force à la mienne.  Si tu es vaincu, tes troupes se retireront, si tu es vainqueur, tu deviendras roi de Thèbes sans qu'il y ait eu de guerre et les Thébains t'ouvriront leurs portes. »

Polynice accepta la proposition de son frère.  Les deux armées se confondirent et se rassemblèrent en dehors des murs de la ville.  Les soldats se mirent aussitôt à faire des paris sur l'issue du combat.

Etéocle et Polynice se jetèrent l'un sur l'autre en brandissant leurs armes et sous les regards de leurs concitoyens commencèrent leur combat fratricide.
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