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Oreste Version imprimable Suggérer par mail
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C'est juste à ce moment qu'arrivèrent Oreste et Pylade.  La jeune fille ne put reconnaître, après tant d'années de séparation, celui qu'elle attendait.  Lui non plus ne prêta pas attention à sa sœur si pauvrement vêtue, mais il lui adressa la parole comme à une servante :

«Emmène-nous chez la reine et dis-lui que nous lui rapportons l'urne funéraire de son fils.»

Alors Electre remarqua l'urne que le jeune homme tenait dans ses mains et ses yeux se remplirent de larmes.  Elle enlaça le récipient aussi tendrement qu'elle aurait enlacé son frère, et gémit :

«Ainsi c'est donc bien vrai!  Mon frère revient, mais il n'est que cendres et silence. Pourquoi ne suis-je pas morte à sa place?  Le robuste Oreste est mort et la faible Electre vit.  Quelle sera la joie du palais!  Les meurtriers peuvent dormir tranquilles, moi seule étoufferai de chagrin.»

Le jeune homme reconnut alors sa sœur et devant sa douleur ne put continuer à jouer la comédie.

Prenant pitié d'elle, il lui chuchota

«N'embrasse pas l'urne, les cendres d'Oreste n'y sont pas.»

«Mais où sont-elles donc, où est-il enterré?» demanda-t-elle avec surprise. «Nulle part, parce que l'usage interdit que l'on enterre les vivants.» «Oreste est vivant?» répéta-t-elle avec méfiance en regardant l'étranger.

Alors celui-ci lui montra sa main ornée d'une bague qu'elle lui avait donnée au moment de son départ.  Electre le dévisagea avec insistance et reconnut son frère.  Une joie folle s'empara d'elle et elle cria

«Oreste est vivant, il est vivant!»

Le vigilant père adoptif l'entendit et se précipita hors du palais.  L'exclamation d'Electre avait hâté l'accomplissement du plan.

« Dépêche-toi, Oreste, ton heure est venue!» cria-t-il à son protégé.  Lejeune homme dégaina son épée et bondit à l'intérieur du palais suivi de-sa sœur.

Clytemnestre se tenait pétrifiée au milieu de la pièce comme si elle avait été taillée dans le marbre.  Elle aussi avait entendu le cri de sa fille et à la vue d'Oreste qui accourait suivi de sa sœur, elle comprit que le fils venait venger son père.

Le prince s'arrêta devant elle mais son père adoptif et Electre s'employèrent à raviver sa haine, alors il leva son épée et tua sa mère.

Etourdi par l'acte affreux qu'il venait de commettre, il tenait toujours son arme à la main quand Egisthe entra précipitamment.  Il avait appris par les serviteurs la mort d'Oreste et se hâtait de venir écouter le récit de sa fin.  Mais à la place de l'urne il vit la malheureuse Clytemnestre avant de tomber, frappé à -son tour, par le bras vengeur.

A peine le peuple de Mycènes avait-il appris le retour du jeune prince et le châtiment qu'il avait infligé aux meurtriers d'Agamemnon que la foule commença à se rassembler aux portes du palais.  Tous voulaient souhaiter la bienvenue au fils de leur roi héroïque.

Un homme titubait en sortant du parc.  Il ne faisait attention à personne mais agitait les bras pour chasser des démons invisibles.  Cet homme était Oreste : dès qu'il avait accompli sa vengeance, les Erinyes, déesses chargées de punir les parricides, s'étaient emparées de lui.  Elles tournoyaient autour de sa tête en lui chantant un chant affreux au sujet de la mort de sa mère et des larmes de sang coulaient de leurs yeux.

Le peuple fut confondu d'horreur à la vue du malheureux prince.  Les Erinyes le pourchassaient partout.  Il dut quitter Mycènes, et erra à travers le monde.  Le terrible chant des déesses l'accompagnait partout et le remplissait de désespoir.

Son fidèle ami Pylade ne l'abandonna pas.  Ensemble, ils allèrent consulter l'oracle de Delphes pour savoir comment se débarrasser des cruelles Erinyes.

«Allez en Tauride, » leur fut-il répondu, «et rapportez la statue d'Artémis qui est tombée des cieux.»

Suivant ce conseil les deux compagnons se mirent en route vers le lointain pays.  Un roi cruel y régnait.  Tous les étrangers qui étaient capturés sur ses terres étaient sacrifiés à la déesse Artémis.  Oreste et Pylade savaient quel sort les attendait s'ils échouaient dans leur mission, aussi restèrent-ils cachés pendant le jour et ne marchèrent-ils que pendant la nuit.  Aidés par l'obscurité, ils se préparaient à enlever la statue.

Ils se glissèrent dans le temple mais commirent l'imprudence d'échanger quelques paroles qui éveillèrent les gardes.  Ainsi ils furent capturés et traînés devant le souverain dès le lendemain matin.  Celui-ci les condamna aussitôt à être sacrifiés à la déesse Artémis.

Sans plus attendre, ils furent emmenés jusqu'à l'autel devant lequel ils durent s'agenouiller tandis qu'une prêtresse brandissait au-dessus de leurs têtes un glaive acéré.  A cet instant Oreste, se souvenant de sa sœur Iphigénie qui avait été aussi autrefois immolée à la même divinité, murmura comme un adieu à la vie « Iphigénie. »

La prêtresse entendit son nom et sa main retomba, inerte.  Elle se retourna vers le roi et lui dit :

«De mauvais présages m'ordonnent de remettre le sacrifice à plus tard.  Que les gardes reconduisent les prisonniers.  Demain, la déesse acceptera sûrement ton offrande. »

Le roi fut déçu mais il ne voulut pas s'opposer à la volonté divine.

Oreste et Pylade se relevèrent.  La prêtresse s'approcha d'eux et demanda doucement au malheureux prince :

« Comment connais-tu ce nom ? »

«Iphigénie était ma sœur,» répondit-il, «et elle mourut de la même façon que nous allons périr demain.»

La jeune femme se retint difficilement d'embrasser Oreste et lui murmura avec émotion :

«je suis ta sœur Iphigénie.  Au moment de mon exécution la déesse m'a fait transporter ici par un nuage et depuis des années je lui sers de prêtresse.  N'aie pas peur, ô mon frère, je te sauverai ! »

Cette nuit-là, les étoiles scintillèrent pour montrer leur chemin à trois fugitifs : Oreste, Pylade et Iphigénie fuyaient la Tauride en emportant la statue de la déesse Artémis pour que l'âme du prince trouve enfin la paix.

Mais pendant longtemps les Erinyes chantèrent encore leur horrible chant aux oreilles d'Oreste.  Enfin Pallas Athéna prit pitié de lui et fit cesser son châtiment.  Les déesses s'envolèrent et Oreste monta sur le trône de Mycènes.

Le chant des Erinyes ne s'éleva plus, mais celui qui l'avait entendu une fois peut-il l'oublier?

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