| Persée |
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2006-10-03 21:37:39
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Mais comme le jeune homme insistait, elles eurent peur qu'il s'en aille et lui révélèrent en gémissant la cachette des nymphes.
Persée leur rendit l’œil et la dent et quitta ce pays désolé en suivant la route indiquée par les vieilles. Plus il s'éloignait, plus la campagne devenait charmante. D'abord apparaissaient çà et là des touffes d'herbe, bientôt le sol fut recouvert entièrement d'une verte prairie. Les arbres solitaires et tordus cédaient la place aux bosquets embaumés, et, au milieu du taillis le plus touffu, les nymphes aux pieds nus dansaient dans une clairière.
Le jeune homme leur demanda les sandales, le casque et le sac qu'elles lui donnèrent sans hésiter.
Il attacha les cothurnes ailés, se couvrit la tête et jeta le sac sur son épaule. D'un coup de talon sur le sol il s'envola dans les airs. Chaque pas était comme un battement d'aile qui l'emportait rapidement. Rien ne vint interrompre son vol. Il se promena par-dessus les arbres et les montagnes. Les buissons embaumés se firent rares, puis disparurent, les vertes prairies s'évanouirent à l'horizon et Persée traversa à nouveau un pays désolé. De grands et de petits rochers jonchaient la terre; certains ressemblaient à des animaux, d'autres à des hommes.
Tous avaient été des êtres vivants transformés en pierre pour avoir osé regarder les Gorgones. Même des oiseaux égarés n'avaient pu échapper à ce fatal destin, ils étaient devenus de petits cailloux noirs.
Le regard du jeune homme s'arracha à la contemplation de ce paysage inhospitalier et il scruta son bouclier. Il y vit le même triste spectacle, et bientôt il aperçut aussi les Gorgones.
Leurs horribles crânes ornés de serpents à la place des cheveux inspiraient la terreur, bien qu'elles-mêmes soient endormies auprès d'un lac.
«N'hésite pas,» souffla la douce voix de Pallas Athéna : «celle du milieu est Méduse. »
Persée descendit jusqu'aux monstres endormis. Les reptiles, ayant flairé l'odeur d'un étranger, se mirent à siffler en se dressant contre le gêneur.
Après un regard au bouclier le jeune homme visa sa future victime, leva son épée acérée et d'un seul coup la décapita.
Un cheval ailé, Pégase, s'échappa de la gorge tranchée et disparut dans les nuages, à l'intense surprise du héros.
Il restait maintenant à emporter la tête. Elle était si grande que le jeune homme doutait de pouvoir la faire entrer dans son sac, même en sachant que celui-ci était magique. Mais le petit sac avala le fardeau comme un galet et ne changea pas de poids. Chargé de son butin, Persée frappa le sol de ses talons et s'envola.
Le battement des petites ailes éveilla les deux autres monstres, les sœurs immortelles. Elles regardèrent autour d'elles et, apercevant leur sœur morte, elles se déchaînèrent. Elles s'élevèrent à leur tour dans les airs et tourbillonnèrent au-dessus du lac dans l'espoir de retrouver l'ennemi. Leurs serpents ondulaient et se dressaient de façon menaçante. Mais, grâce au casque, Persée était invisible, et c'est en vain qu'elles sillonnèrent le ciel : elles ne purent le retrouver. C'est ainsi que le héros leur échappa...
Impatient de surprendre sa mère et le roi, il vola longtemps. Porté par les sandales ailées, il allait bientôt atteindre son but. C'est alors qu'une terrible tempête s'empara de lui et l'emmena dans la direction opposée.
Il lutta contre le vent, mais celui-ci était déchaîné et le rejeta sur la côte d'Afrique. Epuisé, il se coucha sur l'herbe. Ses yeux le piquaient et tout son corps lui faisait mal. Il aurait bien aimé se reposer.
«Que fais-tu là ? » tonna une voix au-dessus de lui.
C'était le géant Atlas, debout au sommet d'une montagne, les jambes profondément enfoncées dans la terre.
«Laisse-moi rester ici,» demanda le jeune homme fourbu, «je vais me reposer un peu, je partirai ensuite.»
«Tu peux t'en retourner d'où tu viens,» grogna Atlas en l'examinant avec méfiance. «Peut-être es-tu venu chercher les pommes d'or, qui sait? Va-t'en immédiatement.»
Persée se fâcha et répondit
«je vais te récompenser de ta bonté!» Et, détournant son visage, il sortit de son sac la tête de Méduse.
A cette horrible vue le géant se transforma en un énorme rocher et sa barbe ainsi que ses cheveux devinrent des bois et des taillis. La montagne se mit à grandir jusqu'à ce qu'elle supporte le ciel sur sa crête. De nos jours, elle s'élève encore en Afrique et s'appelle l'Atlas.
Le héros referma son sac, se coucha et dormit d'un sommeil lourd jusqu'à ce que les rayons d'un soleil brûlant l'éveillent. Il n'y avait pas la moindre brise et Persée avait hâte de rejoindre sa mère. Il reprit son vol. Tandis qu'il voyageait ainsi dans les airs, des gouttes de sang tombèrent de son sac. Dès qu'elles touchaient le sol, elles se transformaient en serpents venimeux qui, depuis cette époque, prolifèrent en Afrique.
Il avait déjà parcouru un long chemin lorsqu'il vit sur la terre une foule d'hommes qui couraient. Tous quittaient précipitamment le rivage comme s'ils avaient fui un raz de marée. Persée descendit, se mêla à la foule et demanda ce qui se passait.
«Le malheur a frappé notre pays, » répondirent les gens heureux d'épancher leur cœur. «Notre reine Cassiopée s'est vantée d'être plus belle que toutes les nymphes de la mer. Aussi Poséidon a-t-il imaginé une punition pour tout le royaume. Chaque jour, un horrible monstre sort des eaux, détruit nos troupeaux et avale quelques personnes. La princesse Andromède elle-même n'est pas épargnée, c'est aujourd'hui son tour d'être sacrifiée. Elle vient d'être emmenée sur le rocher, nous l'avons accompagnée, mais maintenant nous nous dépêchons de fuir pour ne pas la voir périr. Bientôt l'affreuse bête va sortir des vagues. »
A cette nouvelle Persée se précipita vers la côte et s'envola au-dessus de la mer. La jeune fille était enchaînée aux récifs sous les regards de ses parents qui ne pouvaient quitter leur enfant bien-aimée.
Soudain l'océan vibra et se mit à bouillir. Un ignoble animal sortit du fond de la mer et, écartant les vagues, montra son corps aux écailles visqueuses. Andromède poussa un cri tandis que ses parents désespérés se mettaient à se lamenter sur la plage. Le monstre nagea vers le rocher où la jeune fille couvrait ses yeux terrifiés de ses mains tremblantes.
Alors le héros s'abattit sur la bête qui tentait de happer son ombre sur la mer.
L'épée acérée transperça le serpent marin mais celui-ci sauta en l'air. Ce n'est que grâce aux sandales ailées que Persée parvint à lui échapper.
Il piqua l'animal encore et encore jusqu'à ce que l'eau soit rouge de son sang. Pourtant le monstre se secouait et continuait à combattre comme si les coups du héros le laissaient insensible.
Ses yeux ensanglantés surveillaient le moindre geste du jeune homme. Ce regard rappela à Persée la tête de Méduse. Il la sortit vivement du sac et la lui montra. L'effet fut immédiat : l'adversaire invincible fut changé en une pierre qui aussitôt coula à pic. Un tourbillon marqua l'endroit où la bête s'était abattue.
Andromède découvrit son visage, et son audacieux sauveur la compara en pensée à une étoile du matin qui se serait mise à briller après la tempête de la nuit. Il déposa son sac, son bouclier ainsi que ses armes et il courut délivrer la jeune fille dont la beauté le charmait.
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