| Phaéton |
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2006-10-03 04:31:26
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Les rênes glissèrent de ses doigts et se mirent à flotter librement sur le dos des chevaux. Ceux-ci se cabrèrent et se précipitèrent vers les étoiles, puis ils traversèrent les nuages en direction de la terre. Lorsque le char fut près du sol, celui-ci devint aussitôt aride et des flammes s'élevèrent. L'argile se fissura, provoquant l'inquiétude du roi des profondeurs, surpris de voir la lumière violer son royaume de ténèbres infinies. L'herbe, le blé, les arbres, tout était en feu et les villes n'étaient plus qu'un monceau de cendres. Les rivières sifflèrent et s'évaporèrent, les montagnes rougirent avant de s'écrouler, en cendres. Les poumons et la bouche irrités par l'air chaud, Phaéton comprit sa faute, tandis que sous lui le char rougeoyait.
En Afrique, où l'attelage frôla la terre, la peau des nations entières noircit et d'immenses déserts se formaient. La mer elle-même se mit à bouillir et les poissons durent se réfugier dans les profondeurs. La terre torturée supplia Zeus d'arrêter ses souffrances et Zeus l'exauça en précipitant la foudre sur Phaéton. Les chevaux s'échappèrent de l'attelage et se jetèrent de côté, tandis que le char allait s'écraser dans la direction opposée. Quant à Phaéton, il fit une chute vertigineuse à travers l'espace brûlant et alla s'écraser à terre, sans vie.
Quelques nymphes des eaux trouvèrent son corps et l'enterrèrent. Accablé de chagrin, son père Hélios se voila la face et, au milieu du jour, ce fut la nuit, éclairée uniquement par la lueur des feux qui embrasaient encore la terre.
La mère de Phaéton erra longtemps à la recherche de la tombe de son fils et, lorsqu'elle la trouva, elle pleura et embrassa l'argile sous laquelle il reposait.
Ses sœurs aussi eurent beaucoup de peine : elles se lamentèrent et portèrent le deuil pendant des mois entiers. Puis, un jour, elles sentirent qu'elles étaient enracinées dans le sol; elles tordirent leurs cheveux, mais ce furent des feuilles qu'elles froissèrent entre leurs doigts.
Leur mère, pour les sauver, attacha les branches portant des bourgeons. Des gouttes s'échappèrent des blessures, le soleil les durcit et elles devinrent de l'ambre. La douleur avait changé en aunes les sœurs de Phaéton.
De nos jours encore, le soleil pleure son fils: le soir, après son coucher, des larmes coulent des étoiles, ces yeux argentés de la nuit. Les hommes les nomment la rosée.
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