| Thésée et le Minotaure |
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2006-11-09 22:37:36
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Le repas achevé, Procuste lui proposa de dormir
«Tu es fatigué, viens, un lit t'attend. »
Or il avait deux lits, un petit et un grand. Il offrait aux voyageurs celui dont la taille ne leur convenait pas : les grands étaient mis dans le petit, les petits dans le grand. Et suivant le cas il raccourcissait les membres qui dépassaient avec une hache ou bien étirait ceux qui ne remplissaient pas toute la couche. Et il torturait ainsi les voyageurs jusqu'à ce qu'ils expirent.
Il espérait donc réduire Thésée, qui était de belle taille, aux dimensions du petit lit. Mais celui-ci, ayant compris le danger qui le guettait, décida de battre le géant sur son propre terrain : il le poussa sur la couche qui lui était destinée et lui trancha la tête avec son glaive.
Aucun autre danger ne le menaça plus sur la route et bientôt il franchit les portes d'Athènes. Il se promena dans les rues en regardant les belles maisons. Les gens qu'il rencontrait regardaient sa silhouette poussiéreuse, sa figure hâlée et ses cheveux trop longs. Son énorme massue les laissait songeurs. Seuls, les maçons qui réparaient le temple d'Apollon se mirent à se moquer de lui. Thésée ne leur répondit pas. Sans dire un seul mot, il détacha les bœufs d'un chariot qui stationnait devant l'édifice, saisit le véhicule et le projeta sur les rieurs. Tous ceux qui le virent furent stupéfaits et se turent.
Devant le palais régnait une intense agitation. Les gens, très excités, discutaient entre eux et murmuraient contre le roi Egée. C'était le jour où les Athéniens devaient à nouveau envoyer sept jeunes gens et sept jeunes filles au Minotaure, le monstre de Crète. Tel était en effet le terrible tribut que la cité devait acquitter au cruel souverain de l'île ennemie.
Un jour, des jeux fameux s'étaient déroulés à Athènes. Minos, le roi de Crète, y avait envoyé son fils. Or celui-ci vainquit tous les Athéniens et fut ainsi amené à provoquer Egée. Perfidement, Egée fit mettre à mort le jeune homme. Une guerre cruelle éclata entre les deux pays. Minos envahit les côtes athéniennes grâce à sa puissante flotte, dévasta toute la région et soumit les Athéniens. Depuis lors, ceux-ci durent tous les neuf ans envoyer en Crète sept jeunes gens et sept jeunes filles qui étaient enfermés dans le labyrinthe pour être dévorés par le monstrueux Minotaure.
Le peuple commençait à se rebeller contre son roi, coupable à ses yeux de n'avoir pas résisté davantage à une aussi épouvantable exigence.
« Pourquoi aurait-il résisté ? » disaient ceux qui fomentaient les troubles. « Cela lui importe peu. Ce sont nos enfants qui périssent, pas les siens. Il ne peut comprendre nos souffrances puisqu'il n'a pas de descendance.»
Mais, bien que fort mécontents, ils tiraient déjà au sort pour désigner ceux qui devraient partir. Bientôt, ceux qui avaient échappé au danger s'éloignèrent, quant aux autres, ils se mirent à se lamenter bruyamment.
Thésée traversa la foule agitée et entendit tout ce qui se disait. Il pénétra dans le palais et se fit annoncer au roi comme un simple voyageur et non comme son fils. Egée ne le reconnut pas.
«Tu nous rends visite en un bien triste jour, étranger,» dit-il en accueillant son visiteur. «Tu dois venir de loin et ne rien savoir de notre malheur. Sinon, tu aurais évité de venir à Athènes.»
«Il est vrai que je viens de loin, ô roi,» répondit Thésée, «mais je connais ton malheur et aimerais t'aider. je veux accompagner les victimes dans l'antre du Minotaure. Promets-moi d'exaucer ce vœu.»
Egée regarda le jeune homme avec stupéfaction
«Tu veux, de ton propre désir, aller dans l'antre du Minotaure. Et qui es-tu pour ne pas hésiter à sacrifier ta vie?»
« C'est le Minotaure qui sera tué, pas moi, » répondit Thésée avec audace. « Donne-moi ta parole d'accomplir ma volonté et je te dirai qui je suis. »
Egée, comme dans un rêve, acquiesça. Le héros montra alors au roi ses sandales et son glaive. Les yeux du monarque s'emplirent de larmes tandis qu'il lui tendait les bras :
«A peine ai-je retrouvé mon fils, » se lamenta-t-il, « que je dois le perdre! » Mais il ne pouvait revenir sur la promesse qu'il venait de faire.
Déjà dans Athènes tout entière la nouvelle circulait à la vitesse d'une rafale de vent entre les branches d'un arbre : le fils du roi était soudain apparu et il allait tuer le Minotaure. Personne ne parlait plus d'autre chose.
Une grande foule accompagna les jeunes gens au port. Les femmes embrassaient le glaive de Thésée, les hommes le louaient avec enthousiasme. Egée, le cœur lourd, lui fit ses adieux.
«je suis déjà vieux,» dit-il à son fils «et impatient comme un enfant. C'est pourquoi j'ai fait mettre au fond du navire une voile blanche. Vous partirez comme toujours avec une voile noire, mais si tu parviens à tuer le monstre, hisse la voile blanche au retour. Comme cela, je saurai de loin si je puis me réjouir de ta victoire.»
L'embarcation quitta le port, le roi et son peuple s'en retournèrent dans la ville. L'espoir était né, et il adoucissait la douleur de la séparation.
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